Grand scandale sur la place du marché de Saint-Renan

« La prochaine édition des Médiévales, qui aura pour thème « Théâtre, contes et fabliaux », est l’occasion de faire connaître une scène décrite par Yves Lulzac dans ses   Chroniques oubliées des manoirs bretons.
Certes, l’épisode s’est déroulé en 1680, près de deux siècles après la fin du Moyen-Âge, mais il nous décrit des situations qui s’étaient sans doute déroulées de manière identiques à Saint-Renan à l’époque médiévale :
  • la représentation d’un « mystère religieux » sur une estrade dressée place du marché,
  • des spectateurs venus de toute la région.
Je vous en souhaite bonne lecture. »
Jos Saliou, historien éclairé de la vie renanaise, co-président de l’association Musée du Ponant.
Nous sommes en 1680 [ndlr : le siège de la sénéchaussée est encore à Saint-Renan. Il sera transféré à Brest l’année suivante].
Une troupe théâtrale a dressé une estrade sur la place du marché de Saint-Renan, pour la représentation d’un « mystère ».
Tous les acteurs sont en place, aidés par bon nombre d’enfants jouant le rôle des anges.
Guillaume Silguy, accompagné de Jean de Kersauzon et de son frère cadet, sortent de la Maison Rouge pour se lancer à la poursuite de René Bertrand, greffier de la Cour de Saint-Renan.
Nos trois gaillards se frayent un chemin à coup de bâtonn au milieu de la foule des spectateurs.
Ils escaladent la scène l’épée à la main et jettent tous les acteurs sur le pavé, y compris les « petits anges ailés »
Poursuivant leur course en direction du bas de la place, et sur le point de rejoindre le fuyard, ils sont arrêtés par une femme, Jeanne Halleguen, épouse d’un notaire royal de Saint-Renan, qui réussit à détourner l’épée du seigneur de Poncelin au moment où il s’apprêtait à en faire usage.
Certains spectateurs étaient venus de Recouvrance, de Tréouergat, de Ploudalmézeau et même de Plougasnou. Appelés à témoigner sur cette affaire, ils étaient scandalisés que des gentilshommes aient osé troubler un spectacle aussi édifiant et populaire, mais surtout qu’ils se soient permis d’escalader la scène « …à l’appui des épaules des paysans qu’ils faisaient se courber pour servir de mouton… »
Condensé de l’intéressante chronique d’Yves Lulzac, Chroniques oubliées des manoirs bretons, tome 3, Nantes, 2001